Transactions 8 min de lecture Equipo técnico de Capital Appraisal Révisé par Fernando Lozano Zurita, MRICS

Dans une opération de cession d’entreprise, les chiffres financiers sont examinés à la loupe. La base d’actifs industriels —les équipements de production, les lignes de production, la flotte, les installations techniques— reçoit beaucoup moins d’attention. Et c’est précisément là que se cachent les risques que le bilan ne montre pas : des machines qui n’existent plus, une maintenance reportée pendant des années, des équipements non conformes à la réglementation en vigueur.

Qu’est-ce que la due diligence industrielle ?

La due diligence industrielle est la revue technique indépendante du parc productif d’une entreprise cible avant la clôture d’une cession : elle vérifie quels actifs existent réellement, dans quel état ils se trouvent et combien ils valent. Elle est menée par une équipe d’évaluation indépendante de l’acheteur comme du vendeur, et elle complète —sans les remplacer— la due diligence financière et la due diligence juridique, qui travaillent sur des états comptables et des contrats, pas sur les machines.

Dans notre pratique, le déclencheur est presque toujours le même : dans une entreprise à forte intensité capitalistique, la base d’actifs pèse lourd dans le prix, et l’acheteur n’a aucun moyen de confronter le registre des immobilisations à la réalité de l’usine sans une inspection indépendante.

Que révise exactement une due diligence technique d’actifs industriels ?

Une due diligence technique bien conçue couvre, au minimum, cinq fronts. Chacun répond à une question précise que l’acheteur doit trancher avant de signer.

L’inventaire physique concorde-t-il avec l’inventaire comptable ?

Le point de départ consiste à rapprocher le registre des immobilisations de ce qui se trouve réellement sur site, ligne par ligne. Dans notre pratique, il est habituel de rencontrer deux écarts symétriques : des actifs toujours au bilan mais qui n’existent plus —vendus, mis au rebut ou cannibalisés comme source de pièces détachées— et des actifs pleinement opérationnels qui n’ont jamais été enregistrés. Le résultat de cette phase est un inventaire vérifié : le premier chiffre défendable de l’opération.

Dans quel état sont les équipements et quelle maintenance ont-ils reçue ?

L’ancienneté comptable ne dit rien de l’état réel. Un équipement totalement amorti peut fonctionner encore dix ans ; un autre récemment acheté peut être en fin de vie utile à cause d’un usage inadéquat. L’inspection évalue l’état technique et la durée de vie résiduelle de chaque actif significatif, et l’analyse de l’historique de maintenance —ordres de travail, arrêts, GMAO lorsqu’elle existe— révèle si le parc a été entretenu ou pressé jusqu’à la corde. C’est de là que sort le CAPEX différé : l’investissement en renouvellement et en maintenance que le vendeur a reporté et dont l’acheteur héritera après la clôture.

Existe-t-il une obsolescence que le bilan ne reflète pas ?

L’obsolescence prend trois formes. L’obsolescence physique est l’usure accumulée. L’obsolescence fonctionnelle apparaît quand l’équipement fonctionne mais ne rivalise plus : consommations énergétiques hors marché, pièces détachées abandonnées, fin du support du fabricant. L’obsolescence économique ou externe vient de l’extérieur : évolutions réglementaires, de la demande ou de la technologie qui réduisent l’utilité de l’actif. L’amortissement comptable ne distingue aucune des trois — deux machines à valeur nette comptable identique peuvent avoir des valeurs de marché radicalement différentes.

Les installations sont-elles conformes à la réglementation en vigueur ?

La revue couvre les contrôles réglementaires des installations techniques, les licences d’exploitation et les exigences environnementales et de sécurité industrielle applicables. Une non-conformité détectée avant la signature est un coût de mise en conformité chiffrable ; détectée après, c’est un risque d’arrêt de production qui appartient déjà à l’acheteur. Ce front inclut aussi le risque opérationnel pur : la dépendance à une machine critique sans pièce de rechange ni redondance.

Quel rapport entre la valeur de marché et la valeur comptable ?

La valeur nette comptable est une convention —coût historique moins amortissement— et peut se situer très au-dessus ou très en dessous de la valeur de marché. La due diligence boucle la boucle en estimant la valeur de marché de chaque actif selon des référentiels reconnus : le RICS Red Book, qui incorpore les normes internationales d’évaluation (IVS) de l’IVSC. C’est cette évaluation qui permet de discuter le prix avec des chiffres, pas avec des impressions.

À quelle phase de la cession s’intègre-t-elle ?

Dans un processus M&A type, la due diligence technique s’exécute en phase confirmatoire : après l’offre indicative et la lettre d’intention, en parallèle des due diligences financière, juridique et fiscale, et avant la signature du contrat de cession. C’est la fenêtre pendant laquelle l’acheteur a accès à la data room et à l’usine, et pendant laquelle les constats peuvent encore être portés à la négociation.

Il existe aussi la variante côté vendeur. Dans une vendor due diligence, c’est le vendeur qui commande la revue avant de sortir sur le marché, pour anticiper les constats, mettre l’inventaire en ordre et éviter qu’une surprise technique n’érode le prix en cours de processus.

Quels livrables produit-elle ?

Le résultat n’est pas une opinion : c’est un ensemble de documents que l’équipe de négociation peut utiliser tels quels.

  • Inventaire vérifié et rapproché, avec les écarts entre l’usine et le bilan identifiés un par un.
  • Matrice de risques par actif : état, criticité, conformité réglementaire et dépendances opérationnelles.
  • Plan de CAPEX recommandé, qui chiffre l’investissement différé et l’ordonne dans le temps.
  • Évaluation par actif en valeur de marché ou en juste valeur, selon la finalité.
  • Synthèse exécutive chiffrée pour le comité d’investissement et la banque de financement.

Comment affecte-t-elle le prix et les garanties du contrat de cession ?

Dans la pratique habituelle du M&A, les constats techniques se traduisent en trois leviers de négociation. Le premier est l’ajustement de prix : un constat chiffré —par exemple, un CAPEX différé estimé à 800 000 €— est un argument direct pour revoir l’offre. Le deuxième, les garanties du vendeur : des déclarations spécifiques sur l’état, la propriété ou la conformité réglementaire des actifs, qui allouent le risque si le constat se matérialise. Le troisième, les actions préalables à la clôture : des mises en conformité que le vendeur assume avant de signer. Quel levier est utilisé dans chaque cas, les parties en décident avec leurs conseils juridiques ; ce que la due diligence apporte, c’est la base chiffrée sans laquelle aucun des trois ne fonctionne.

Il faut le dire clairement : la due diligence industrielle ne « trouve pas des problèmes » pour faire échouer l’opération. Elle apporte des données défendables pour négocier sur une base objective —et pour que le comité d’investissement et la banque de financement sachent exactement ce qui est acheté. Un registre d’actifs comptant une part significative d’actifs inexistants n’est pas une nuance technique : c’est un prix payé pour rien.

En quoi diffère-t-elle de la due diligence financière ?

La due diligence financière examine les états financiers : qualité du résultat, dette nette, besoin en fonds de roulement. Sa matière première est la comptabilité et son profil type, celui de l’auditeur. La due diligence technique examine les actifs physiques : sa matière première est l’inspection sur site et son profil, celui de l’évaluateur doté d’un jugement industriel. Elles ne rivalisent pas — elles se nourrissent. Le CAPEX normalisé estimé par la revue technique corrige les projections du modèle financier, et l’inventaire vérifié corrige le bilan sur lequel travaille la revue financière. Quand les deux racontent la même histoire, l’acheteur signe en connaissance de cause.

Et après la clôture ? L’affectation du prix d’acquisition

Une fois l’opération clôturée, la comptabilité impose de répartir le prix payé entre les actifs acquis —l’affectation du prix d’acquisition selon l’IFRS 3—. Cette répartition a besoin de la juste valeur de chaque actif, un par un. L’évaluation réalisée pendant la due diligence est la base de cette affectation, prête pour l’auditeur : le même travail de terrain sert deux fois.

Comment Capital Appraisal l’aborde-t-elle ?

Notre service de due diligence industrielle combine inspection de terrain —avec saisie numérique structurée— et analyse documentaire, et livre une matrice de risques par actif, un plan de CAPEX recommandé et l’évaluation à la juste valeur, adossée à notre pratique d’évaluation d’actifs industriels. Le tout selon le RICS Red Book et conçu pour une opération de M&A ou de Private Equity dans laquelle chaque chiffre devra tenir face à des tiers.

Le bilan indique ce que l’entreprise croit posséder. La due diligence industrielle indique ce qu’il y a. Entre l’un et l’autre se décide une bonne partie du prix.

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